réponse du président
Publié le 1 Décembre 2010
Merci d’alimenter le modeste blog des rigolos que nous sommes par vos réflexions dont certaines sont pertinentes mais parfois empreintes d’un irréalisme flagrant.
Car nous sommes dans la « vraie vie » et, par définition, c’est la présence même de l’homme sur la planète qui génère inévitablement un processus d’anthropisation. Les populations humaines modifient et transforment l’environnement naturel par leurs pratiques culturales, l’élevage, l’urbanisation, la déforestation et l’activité industrielle. C’est un état de fait. C’est ainsi que nos aïeux ont construit les barrages de Vezins et de la Roche-qui-Boit pour répondre à leurs besoins croissants en énergie et pour tenter de limiter les effets dévastateurs des crues répétées de la Sélune (notamment à la hauteur de Ducey). L’augmentation exponentielle des rejets polluants, qu’ils soient industriels, agricoles ou domestiques, nous a conduit à la situation préoccupante que nous connaissons aujourd’hui. L’heure n’est pas à la vaine désignation de coupables éventuels, mais à une réaction commune visant à prendre les mesures nécessaires pour inverser le phénomène. Même si les décisions qui ont été prises à différents niveaux montrent une réelle volonté d’aboutir, elles sont trop souvent hâtives, incohérentes voire dangereuses quand elles ne sont que le piètre résultat de marchés politiques.
Personnellement, et au risque de vous surprendre, je ne serais pas opposé à ce que l’on envisage à plus ou moins long terme de supprimer, d’araser ou d’effacer nos barrages.
Je ne suis pas pour autant persuadé qu’il faille mettre la charrue avant les bœufs, pas plus qu’il soit nécessaire de commencer par la fin. Vous avez raison d’écrire que le fait de conserver les barrages n’empêcherait pas l’arrivée de sédiments pollués car ils viennent de l’amont. Les ADB n’ont jamais prétendu le contraire, pas plus qu’ils ne « pointent du doigt » une activité particulière quelle qu’elle soit. Nous ne défendons pas « nos intérêts », mais ce que l’on considère comme étant l’intérêt public.
Ce n’est donc pas en nous faisant un mauvais procès d’intention que vous ferez avancer le débat.
Les barrages ont pour effet, entre autres, de retenir une grande partie des éléments polluants. Ils servent de bassins de décantation et ils agissent comme des filtres en limitant la pollution de l’aval. La qualité de l’eau est d’ailleurs indéniablement meilleure en aval qu’en amont. La suppression des lacs aurait pour conséquence une pollution immédiate de l’aval, jusqu’à la baie du Mont Saint Michel. Cette pollution serait rendue durable par l’érosion des « nouvelles » rives formées par la vase souillée, et reproduite à chaque crue en entraînant irrémédiablement les sédiments contaminés vers la baie. L’arasement prématuré des barrages n’apporterait aucune solution à la problématique liée à l’amélioration nécessaire de la qualité de l’eau, bien au contraire.
Je suggère donc pour ma part de commencer par le commencement en faisant d’abord un effort soutenu pour limiter les rejets polluants sur l’ensemble du cours de la Sélune et de ses affluents. Action beaucoup moins spectaculaire que la destruction des barrages, je vous le concède, mais sans aucun doute plus efficace aussi bien pour l’amont que pour l’aval. Dans le même temps, il serait plus que souhaitable de procéder à de réelles études d’impact menées autrement que dans la précipitation pour estimer les conséquences qu’une éventuelle suppression pourrait induire sur l’énergie (le Grenelle de l’Environnement prévoit l’augmentation de la production d’hydroélectricité), l’écosystème, la réserve d’eau (80% de l’eau consommée dans le Sud Manche – qui ne dispose pas de nappes phréatiques-), l’économie (800 emplois), l’agriculture (comment produire du maïs sans pompage et sans priver les habitants?)… Les interrogations et les craintes sont aussi nombreuses que justifiées.
Mais je ne doute pas qu’un jour, peut-être dans 20 ou 30 ans, les conditions seront réunies pour rendre à la Sélune sa liberté. Paradoxalement, nous sommes tous d’accord sur les buts que nous devons atteindre. Nos divergences résident uniquement sur les moyens à mettre en œuvre.
L’optimisme est donc de rigueur. Mais pas l’utopie. Chacun sait que la « libre circulation des poissons migrateurs » est un faux prétexte, et même beaucoup d’adeptes de cette pêche élitiste l’admettent volontiers. Si l’on s’en réfère à la mémoire collective et à certains écrits, les saumons pourtant très nombreux au XIXème jusqu’au milieu du XXème ne remontaient guère au dessus de l’actuel barrage de Vezins. Même en écartant cet argument, leur mémoire génétique étant scientifiquement estimée à cinq ans, il leur serait bien difficile de retrouver la route des frayères dont vous rêvez.
Mais peut-être que quand les carpes auront des dents…
John
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