Tuilière : une première mondiale pour la dévalaison des saumons
Publié le 9 Novembre 2012
2. Tuilières : une première mondiale pour la
dévalaison des saumons
Tuilières, actif depuis toujours pour permettre le
franchissement des poissons migrateurs
Le programme de restauration des poissons migrateurs sur le bassin de la Dordogne a débuté à la fin des années
1970. En 1983, la mise en oeuvre concrète du « Plan Saumon » débute. Au barrage de Tuilières, depuis l’origine, le
franchissement des poissons a été pris en considération. Dès 1908, date de mise en exploitation du barrage, une
passe à poissons de type « cascade » avait été installée en rive gauche ; en 1957, elle a été remplacée par 2 passes
à ralentissement parallèles.
Depuis 1989, le barrage de Tuilières est équipé, en rive droite, d’un ascenseur à
poissons, associé à une passe à bassins permettant aux poissons migrateurs de
regagner leur espace naturel de reproduction. Les poissons sont attirés dans un
bassin de stabulation, puis poussés au-dessus d’une cuve par une nasse mobile.
Après la remontée de la cuve, les migrateurs sont déversés dans une galerie
souterraine, aménagée en passe à bassins successifs, qui leur permet de regagner
l’amont du barrage en passant sous l’usine.
Le suivi annuel des espèces, qu’elles soient migratrices ou non, est réalisé en
partenariat avec l’association MI.GA.DO (MIgrateurs GAronne DOrdogne). En 2005,
près de 170 000 poissons ont ainsi été comptabilisés.
Cependant, l’ascenseur se montre peu adapté pour l’anguille : une passe spécifique
est alors installée en 1997 en rive gauche. Les anguilles peuvent alors franchir
l’ouvrage de l’aval vers l’amont en rampant. Entre 1997 et 2000, différents types de
supports ont été testés et, en 2001, la passe à anguilles revêt sa configuration
définitive. Jusqu’en 2005, l’association MI.GA.DO. y a compté 24 400 anguilles.
Cette passe est rénovée dans le cadre de l’arrêt de l’usine de Tuilières et sera remise en service en avril 2009.
Le chantier de rénovation du barrage de Tuilières a également été mis à profit pour compléter ces ouvrages
Le chantier de rénovation du barrage de Tuilières a également été mis à profit pour compléter ces ouvrages
de montaison déjà existants par un dispositif permettant la dévalaison des poissons migrateurs.
Ascenseur Tuilières
EDF@Médiathèque -SAUTERAU Frédéric - 10 -
La dévalaison des poissons migrateurs à Tuilières : un
site expérimental qui montre l’engagement d’EDF pour
concilier production hydraulique et environnement
Le contexte
La concession hydroélectrique de Tuilières, renouvelée par arrêté préfectoral du 15 avril 2002 pour une durée
de 42 ans, prévoit un dispositif de dévalaison pour les poissons migrateurs adapté aux smolts (juvéniles de
saumon) et aux anguilles.
La mise en place d’un dispositif de dévalaison à Tuilières en fait un site expérimental et une première au monde en
raison de la taille du site (débit turbiné de l’ordre de 400 m3/s, fort charriage de végétaux, grand bassin versant) et de
l’état des connaissances sur les dispositifs de dévalaison, notamment concernant l’anguille.
L’organisation des recherches et des études
Dans ce contexte, un Comité d'Experts, piloté par la DRIRE, s’est réuni à partir de 2003. Constitué d'experts
piscicoles reconnus au niveau national et international, il a ouvert des pistes de recherche et d’études en
collaboration avec EDF. Le but : proposer une solution durable à cette problématique de dévalaison qui
permette de réaliser un ou plusieurs systèmes efficaces de franchissement assurant la dévalaison des anguilles
et des salmonidés.
Deux dispositifs de dévalaison ont ainsi été étudiés et testés à l’aide d’une
maquette d’ensemble à l’échelle
1/20ème représentant le barrage, l’usine, la prise d’eau et le lit de la Dordogne.
L’ensemble des conditions hydrauliques et des plages de fonctionnement des
groupes de production de l’usine de Tuilières ont été pris en compte. Les
compétences de deux entités d’EDF ont ainsi été mises à contribution (le
Centre d’Ingénierie Hydraulique basé à Brive pour la partie études et l’Unité
de Recherche et de Développement, basée à Chatou pour la partie
expérimentale).
Les solutions retenues
En juillet 2007, après analyse des propositions du Comité d’Experts et débat avec les acteurs du bassin et EDF,
le Préfet de la Dordogne a retenu la solution mixte suivante :
• la réalisation d’un masque de surface (« masque guideau ») pour la dévalaison des smolts
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, qui détourne les
poissons des turbines par une barrière et permet leur passage en aval par différents exutoires. Le dispositif
fonctionne chaque année entre le 15 mars et le 15 juin. Cette réalisation est la seule existante dans le monde à
cette échelle.
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jeunes saumons
Maquette du système de dévalaison - 11 -
• des arrêts ciblés des turbines et une ouverture des vannes du barrage pendant la période de dévalaison des
anguilles. En l’absence de connaissances précises sur les populations d’anguilles et leur rythme de dévalaison, la
période de référence préconisée est fixée du 1er septembre au 31décembre, avec des arrêts nocturnes de 18h00 à
6h00.
Le principe de fonctionnement du dispositif de dévalaison (masque de surface
ou guideau)
Le dispositif est un masque de surface d’environ
120 mètres de longueur, dont le principe de
fonctionnement est basé sur la nage,
essentiellement en surface, des smolts pendant
leur dévalaison. Disposé en amont de la prise
d’eau actuelle de l’usine, ce masque est incliné de
façon à dévier les smolts et à les guider vers
l’aval. Et ce, soit vers le déversoir installé sur la
première vanne du barrage, soit vers les deux
exutoires de surface intermédiaires situés dans le
masque.
Les mesures d’efficacité du
dispositif de dévalaison
Le dispositif fera l’objet, durant a minima deux
années consécutives (2009 et 2010), d’une
évaluation d’efficacité, permettant de s’assurer de
son bon fonctionnement et d’envisager, si besoin, des modifications techniques.
Ce test sera effectué à l’aide de la technique de radiopistage, seule capable de déterminer les voies de passage des
smolts, ainsi que leur comportement à l’amont du dispositif. Cette technique consiste à équiper les smolts d’émetteurs
miniatures (insertion dans l’estomac) et à suivre leurs déplacements à l’aide d’enregistreurs. Sont ainsi enregistrés : la
rentrée et la sortie des poissons ; ce qui permet d’appréhender le comportement global des poissons devant
l’installation et de déterminer les zones de franchissement de l’ouvrage (exutoires, turbines, vannes de crue).
Le chantier de construction du dispositif de dévalaison a duré 9 mois, d’avril à décembre 2008 ; sa mise en
service a eu lieu au mois de mars 2009. L’ensemble de ce programme de rénovation et d’amélioration, dont le
coût est de l’ordre de 5 millions d’euros, permet de trouver un compromis entre économie, contraintes
d’exploitation et préservation des espèces migratrices.
Masque de surface
Exutoires de surface
Bâtiment usine
Ascenseur à
poissons
Vanne de
dévalaison du
barrage
Vue du dessus du dispositif de
masque guideau
Construction du dispositif de
dévalaison - 12 -
EDF, un acteur engagé dans la sauvegarde des
anguilles avec une pêcherie à vocation scientifique
En cohérence avec les actions de Recherche & Développement programmées dans le cadre du Plan National de
Gestion de l’Anguille
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, un programme d’études a été lancé sur la Dordogne afin :
• d’améliorer la connaissance des flux migratoires de l’anguille,
• d’étudier la corrélation des pics de dévalaison avec des paramètres hydrauliques et environnementaux, tels que le
débit du cours d’eau ou la lumière, qui pourraient jouer un rôle important.
Dans ce cadre, une pêcherie à vocation scientifique doit être installée en amont de l’aménagement de Tuilières, à
l’entrée du canal d’amenée de la centrale hydroélectrique de Mauzac. La mise en oeuvre de cette pêcherie est confiée
à des pêcheurs professionnels de la Dordogne et la Garonne qui souhaitent, au-delà de l’aspect pêche, s’impliquer
dans une démarche scientifique et innovante.
L’objectif est de développer des modèles dits « prédictifs » de dévalaison adaptés à la Dordogne, c’est-à-dire qui
seront capables de prévoir, en fonction de différents paramètres, les phases de dévalaison des anguilles. Ce qui
permettra à :
• EDF d’optimiser la production d’électricité : les arrêts des turbines seront liés aux passages identifiés d’anguilles, et
non plus réalisés de façon systématique.
• d’un point de vue qualitatif, l’examen des poissons permettra par ailleurs de réaliser une base de données de la
structure de la population et de l’état sanitaire des individus.
Les autres ouvrages existants sur la Dordogne
D’autres systèmes de franchissement des poissons existent sur la Dordogne et complètent ceux de Tuilières :
• à Bergerac, une passe à bassins successifs existe depuis 1984. Elle permet de fonctionner avec de grandes
variations de niveaux amont et aval et convient à la fois aux saumons et aux aloses,
• à Mauzac, une passe, qui permet de franchir les 7 mètres du barrage, existe depuis 1986. Elle a été conçue grâce à
l’expérience acquise lors de la mise au point de celle de Bergerac.
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mise en application par la France du règlement européen n° 1100/2007 du 18 septembre 2007 instituant des
mesures de reconstitution du stock d’anguilles européennes - 13 -
Une passe à poissons, à quoi ça sert ?
Tous les poissons migrateurs naissent dans les fleuves, pour ensuite partir vivre en mer, sauf l’anguille qui fait
l’inverse. Lorsqu’ils veulent se reproduire, ils cherchent à regagner leur lieu de naissance. Les interventions de
l’homme sur les cours d’eau, parmi lesquelles la construction de barrages, stoppent parfois les poissons
migrateurs dans leur remontée vers les frayères (lieux de ponte).
L’installation de passes à poissons, qui existent sous diverses formes, leur permet de franchir les barrages et
d’accomplir à nouveau leur cycle naturel. Le dénivelé de l’obstacle à franchir et le comportement des différentes
espèces migratrices sont les principales données qu’il faut intégrer pour définir le meilleur type de passe à
poissons à utiliser.
Le cycle de migration des smolts (jeunes saumons)
Après un à deux ans de croissance en eau douce, le jeune saumon se transforme pour aller effectuer sa phase de
grossissement dans l’eau de mer, avant de revenir en rivière pour s’y reproduire. Quand cette transformation est
effectuée, il a un instinct impérieux de dévaler vers l’océan. Cette dévalaison se déroule au printemps, essentiellement
de mi-mars à mi-mai. Au cours de celle-ci, les smolts ont un comportement de nage de un à deux mètres de
profondeur.
Le cycle de migration des anguilles
Les anguilles, adultes géniteurs, dévalent pour rejoindre la Mer des Sargasses, lieu de reproduction pour toutes les
anguilles européennes. Les larves, portées par le Gulf Stream, reviennent ensuite en Europe et colonisent les cours
d'eau à l'état de civelles, puis d'anguillettes. Après une période de grossissement en rivière de huit à douze ans
pour les mâles et de douze à dix-huit ans pour les femelles, elles vont rejoindre leur lieu de reproduction. Elles
passent alors du stade "anguille jaune" au stade "anguille argentée". Les femelles mesurent en moyenne de 40 à 90
cm, les mâles de 30 à 50 cm. La période de dévalaison est centrée sur les mois d’octobre à décembre,
essentiellement la nuit. Les anguilles ont un comportement de nage proche du fond.
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