Sud-Manche : la proposition de Valorem pour la reprise des barrages

Publié le 7 Mars 2016

Sud-Manche : la proposition de Valorem pour la reprise des barrages

Le 07 mars 2016 à 09:00

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Par : Hélène Leforestier

Mercredi 2 mars, la ministre Ségolène Royal accueillait le président des Amis du barrage John Kanioswky, le député du sud-Manche Guénhaël Huet, et le président de la société Valorem, candidat à la reprise des barrages en compagnie de deux de ses ingénieurs. Ils ont présenté leur projet aux représentants du ministère, qui pourra se réaliser sous certaines conditions.

"Nous avons été accueillis par une ministre souriante et presque conviviale. J'ai commencé par présenter officiellement les résultats de notre consultation populaire : comment nous l'avons organisée et le dépouillement qui l'a suivie. Ces informations avaient été remises à Ségolène Royal, ministre de l'Environnement, de l'Energie et de la Mer, par le député Guénhaël Huet fin novembre 2015. Les trois conseillers techniques du ministère présents en ont pris connaissance ce mercredi. Le dossier a retenu toute leur attention", explique John Kaniowsky, président de l'association des Amis du barrage, qui s'est rendu au ministère de l'Environnement le mercredi 2 mars, en compagnie du député Huet, mais surtout de représentants de l'entreprise Valorem, producteur français d'énergies verte et candidat à la reprise des barrages.

Une étude technique

Après sa visite du 4 décembre 2014, Ségolène Royal avait demandé des expertises complémentaires sur les barrages du sud-Manche. La mission avait été confiée au CGEIET (conseil général de l'économie, de l'industrie, de l'énergie et des technologies) et au CGEDD (conseil général de l'environnement et du développement durable). Le but était de réaliser une expertise sur la faisabilité technique, économique et juridique de plusieurs scenarii quant au devenir des lacs et barrages. L'étude avait conclu à une impossibilité de "concilier production hydroélectrique et restauration de la biodiversité du fleuve Sélune". Le choix entre le maintien des ouvrages pour la production d'énergie renouvelable et le démantèlement pour le rétablissment de la continuité écologique du fleuve est donc un choix politique.

Les propositions de Valorem

Mercredi 2 mars, Antoine Poisson, ingénieur responsable du projet chez Valorem, a décrit l'analyse et les premières propositions de la société concernant les aspects environnemental, sécuritaire, énergétique et économique du dossier. Pour mener sa présentation, il a répondu, point par point, aux conclusions de l'expertise CGEIET et CGEDD.

  • Sur les aspects environnementaux

L'expertise conclut à une impossibilité des franchissements piscicoles. "Valorem a réalisé une étude comparative des solutions existantes et potentiellement adaptées. Il en résulte que la seule solution possible (et proposée par la ministre) serait l'installation d'un dispositif de capture/transport pour la montaison et la dévalaison", explique l'ingénieur, avant que le président des Amis du barrage ne rappelle : "La présence régulière de saumons en amont des barrages et avant leur construction n'a jamais été démontrée".

En ce qui concerne la gestion des sédiments, l'expertise met en évidence "un phénomène d'eutrophisation, l'évacuation des boues vers l'aval, une pollution aux cyanobactéries pouvant impacter la production d'eau potable et empêcher toute activité aquatique". Valorem envisage donc, pour diminuer la pénétration de sédiments dans la retenue, d'installer un dispositif de collecte sur le seuil qui sera mis en place pour le franchissement piscicole. L'objectif de cette action est de minimiser le taux de sédimentation de Vezins et de réduire les risques, la fréquence et les coûts des opérations de vidange. "Le fonctionnement de la centrale en continu (pas seulement par éclusées), combiné à la démarche de gestion des sédiments permettra une diminution sensible du phénomène d'eutrophisation. Un fonctionnement en STEP (pompage et turbinage) contribuerait doublement à une meilleure oxygénation des retenues" ajoute l'ingénieur.

Autre perspective environnementale, le risque d'inondation et le soutien d'un débit d'étiage (le niveau le pus bas du fleuve, NDLR). L'expertise conclut que le rôle des barrages n'est pas démontré. A l'inverse, Valorem estime que les moyens de prévisions existants et son centre de prévision seraient un atout pour la prévision des crues et en retarder les effets, voire les limiter. "Un éventuel assèchement du cours d'eau n'est plus à exclure en période estivale, ce qui pourrait créer des perturbations majeures pour l'écosystème de la Sélune en limitant son attrait pour les poissons, mais aussi des soucis d'alimentation en eau potable. Une augmentation du débit d'étiage pourrait contribuer à régler ces problèmes", assure le représentant de Valorem.

  • Sur les aspects liés à la sécurité

Valorem préconise de couvrir la sécurité des accès et la sécurité des barrages eux-mêmes vis-à-vis des intempéries et de leur usure annuelle. La mise en place de clôtures et de grillages est envisagée pour se prémunir d'éventuels actes de malveillance. La note d'expertise de l'IRSTEA (Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture) et du BETCGB (Bureau d'études technique et de contrôle des grands barrages) met en évidence des pathologies potentielles liées au type de barrage. "La maintenance corrective liée à l'exploitation passée des ouvrages devra être effectuée en amont de l'attribution d'une nouvelle concession. Des faiblesses étant déjà identifiées, une étanchéité et un colmatage des fissures sont nécessaires", affirme Antoine Poisson.

  • Sur les aspects énergétiques

Si l'expertise souligne la production modeste des barrages de Vezins et de la Roche qui Boit, Valorem estime que "la production (même modeste à l'échelle nationale) de ces deux barrages mérite d'être sauvegardée, parce qu'ils sont déjà en place. Une étude est actuellement menée sur le potentiel de rentabilité des installations, moyennant un investissement pour le moderniser. Des optimisations sont possibles pour accroître les revenus et les marges".

Ainsi, Valorem envisage de mener une modernisation nécessaire, d'ajouter un groupe de 500 KW à la Roche-qui-Boit, d'augmenter le débit reservé jusqu'à 5 m3 et un turbinage du débit réservé pour un accroissement des revenus des barrages. Ils envisagent également la construction d'une STEP de 5 MW sur un site qui leur parait particulièrement adapté compte-tenu de la présence de deux bassins existants. "Malgré des conditions de marché qui ne leur sont actuellement pas favorables, les STEP occasionnent un regain d'intérêt très marqué. La valorisation d'une STEP pourra, à terme, se faire sur plusieurs marchés", ajoutent les représentants de Valorem.

  • Sur les aspects économiques

Pour Valorem, un futur exploitant devra pouvoir bénéficier d'une situation apurée des problèmatiques écologiques et sécuritaires mis en évidence par l'expertise : les opérations de vidange, curage et désenvasement devront avoir été effectuées et les ouvrages seront en état de reprise satisfaisant (sécurité, étanchéité, absence de brèche). "L'expertise estime le coût de ces opérations à 16,6 millions d'euros, alors qu'elle évalue celui de la destruction des barrages et de la remise en état du site à 53,6 millions, à court terme, sans présager des dépenses envisageables à moyen et long terme pour développer et mettre en valeur la vallée de la Sélune sans ses lacs et ses barrages. En 2004, le coût complet de la destruction et de la "renaturation" de la vallée était estimée à 290 millions d'euros. C'est donc une dépense de 37 millions d'euros qui serait évitée à la collectivité si l'Etat optait pour l'attribution d'une nouvelle concession", rappelle John Kanioswky.

Nouvelle réunion en juin

Le but de la réunion du 2 mars était de faire le point sur l'avancement du projet de reprise de Valorem. Au terme d'1h30 d'échange, une autre réunion a été prévue, en juin 2016, pour permettre à Valorem de présenter un projet développé et affiné, qui répondra aux demandes de précisions que les conseillers ministériels formuleront dans un prochain courrier. "Cette réunion nous apporte un espoir raisonnable mais bien réel, justifié par le sérieux des propositions de Valorem et l'intérêt qu'elles ont suscité au ministère. Les conseillers avec lesquels nous avons échangé ont volontiers admis que ce qui était peut-être vrai en 2004 et en 2009 pouvait ne plus l'être en 2016. Ainsi, nous ne sommes plus dans une logique de destruction à tout prix mais bien engagés dans une procédure de réflexion. La décision définitive sera prise à l'issue de la vidange, après inspection des ouvrages et pas avant", se réjouit John Kaniowsky.

D'autre candidatures possibles

D'ici à la vidange des barrages, aucune action irréversible, telle que l'ouverture d'une "brèche", ne devrait être entreprise. "Le potentiel d'optimisation de nos deux barrages rend possible la candidature de plusieurs opérateurs. Et pourquoi pas un partenariat ? C'est ainsi que, avec Guénhaël Huet, nous avons rencontré les représentants d'une société québécoise vendredi 4 mars. Je me suis engagé à leur faire parvenir un dossier complet sur Vezins et La Roche qui Boit dès la semaine prochaine", ajoute le président des Amis du barrage. Si une nouvelle concession devait être attribuée, elle le serait probablement pour une durée de 30 à 40 ans.

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07 mars 2016 , 12:54

Rédigé par jojo

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